Un milliard de Joconde

 
 
La Joconde, Léonard De Vinci, 1503 (source : Wikipedia)

La Joconde, Léonard De Vinci, 1503 (source : Wikipedia)

Qu’est ce qu’une œuvre d’Art ? Prenons la Joconde par exemple. Est-il possible de parler de LA Joconde en partant de l’apriori que chacun s’accorderait à la reconnaitre, à la désigner ? Autrement dit, La Joconde a t-elle une réalité propre ?

Chaque personne qui regarde la Joconde projette sur elle sa culture et son imaginaire pour s’en faire une représentation personnelle. Comme le rappellent les scientifiques, nous voyons “avec le cerveau” et non pas avec les yeux qui sont de simples transmetteurs. Ainsi un Italien qui aurait tout lu sur ce tableau ainsi que sur son auteur ne verra pas la même chose qu’un individu provenant d’une culture très éloignée qui n’aurait jamais vu d’images de sa vie. D’une certaine façon, il y aurait donc autant de Joconde que de spectateurs à l’instant T. Car un spectateur qui reviendrait le lendemain après avoir appris de nouvelles choses sur ce tableau, ou bien dans une toute autre humeur ne verra pas non plus le même tableau que la veille (bien que persuadé du contraire du fait de la puissance de la similarité de la représentation qui s’impose de nouveau à lui).

En fin de compte, si on observe de façon détachée un groupe en train de contempler la Joconde, bien qu’il semble évident que tout le monde regarde le même tableau, la réalité semble bien plus complexe et vertigineuse.

Qu’est ce qui constitue donc l’œuvre d’art ? Si l’on aborde la question de manière empirique, il semble que trois éléments la constituent : L’intention de l’artiste qui, en lui conférant un cadre, un écrin et une exposition l’affirme en tant que telle et sans laquelle elle ne serait pas advenue, l’œuvre en elle-même, le tableau, sorte de vortex, d’artefact, de point d’interrogation adressé au spectateur, et le spectateur lui même qui “active” l’œuvre en la regardant.

Ainsi il semblerait que chaque œuvre d’art n’existe que dans le creux de la conscience individuelle d’un spectateur à l’instant unique et exclusif ou celui-ci porte son regard sur elle. Il n’y aurait donc pas UNE Joconde mais bien "DES MILLIARDS” de Joconde !

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En outre, ceci explique l’importance dans l’Art Contemporrain de la notion de curateur, celui qui élit, sélectionne et présente les œuvres au public. Une œuvre ne se suffisant pas à elle même, elle a besoin d’être “érotisée” par le regard d’un “spécialiste” qui fondera sa légitimité aux yeux du public. J.B.



What is a work of art? Take the Mona Lisa for example. Is it possible to speak of the Mona Lisa from a point of view which everyone could agree on? Does the Mona Lisa have a reality of its own?

When looking at the Mona Lisa, each person projects his or her culture and imagination, thus making it a personal representation. According to scientists, we see (or perceive) "with the brain", not with eyes. The latter are simply transmitters. So, an Italian, who would have read everything about the painting as well as its author, would not see the same thing as someone from a very different culture who has not seen such images in his life. In a way, there are as many Mona Lisa as spectators. A viewer who returns the next day with new knowledge about the artwork, or in a completely different mood, will not have the same experience as the day before although he is looking at the same object.


At the end of the day, if you look at the Mona Lisa in a detached way, reality is much more complex and mind-boggling. What does a work of art really mean? If we approach this question through the act of seeing, there seems to be three elements at play:

• The intention of the artist who, by creating a frame and a visualization affirms it as such and without which the work would not exist

• The work itself, and the question or challenge it poses to the viewer

• The viewer, who "activates" the work by looking at it.

Thus it would seem that each work of art exists only in the consciousness of each individual who beholds it, at a unique time and place, and exclusive to that individual only.

There would not be ONE Mona Lisa but "BILLIONS" of Mona Lisa’s!

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More generally, this reflection speaks about the importance of curation in Contemporary Art whereby the curator is the one who selects and presents works to the public. A work is not a work of art in itself, it needs to be "eroticized" a "specialist" who then imposes its legitimacy to the public. J.B.